Chienmort

Second degré bien sûr

Tabac, alcool, cannabis moins consommés par les jeunes à La Réunion

I.N.S.E.E., Économie de la Réunion n°129 - mars 2007

 

L’usage du tabac, de l’alcool et du cannabis parmi les jeunes s’avère bien moindre à La Réunion qu’en métropole, avec des écarts de taux pouvant aller jusqu’à 20 points. L’expérimentation et l’entrée dans un usage régulier se font toujours un peu plus tard à La Réunion.

 

Les jeunes réunionnais fument moins que les jeunes métropolitains et commencent à le faire presque un an plus tard, en moyenne. Trois sur cinq déclarent avoir expérimenté le tabac, aussi bien parmi les filles que parmi les garçons. L’usage quotidien concerne 17 % d'entre eux et moins d’un sur dix déclare un usage occasionnel (moins d’une cigarette par jour). En moyenne, les garçons et les filles de l’île ont fumé leur première cigarette après leurs 14 ans et sont devenus des fumeurs quotidiens avant leurs 16 ans.

 

En 2005 les niveaux d’usage ont nettement diminué et sont revenus aux niveaux observés en 2001. Par rapport aux résultats de 2003, l’âge de l’expérimentation est resté stable alors que l’âge de passage à l’usage quotidien s’est élevé.

 

Cette baisse du tabagisme depuis 2003 rejoint celle observée en métropole ces dernières années. Elle s’inscrit dans un contexte de dénormalisation du tabac par une politique volontariste affichée notamment par le Conseil général et la santé scolaire auprès des jeunes réunionnais. Les hausses des prix ont été conséquentes et répétées à La Réunion et les ventes ont enregistré des baisses importantes ces dernières années.

 

À la fin de la décennie 90 et au début des années 2000, La Réunion se situait dans un contexte de rattrapage des comportements par rapport à la métropole, avec des âges de début de consommation de plus en plus précoces et des taux plus élevés pour les jeunes générations (1). Il semblerait que ce phénomène soit, depuis 2003, inversé vers la baisse, sans doute sous le coup de la hausse des prix, à l’identique de ce qu’on observe en métropole.

 

L’alcool, largement expérimenté, relativement peu consommé

 

Comme celle du tabac, la consommation d’alcool par les jeunes, quels que soient la fréquence et le type de boisson considérés, apparaît aussi beaucoup moins fréquente à La Réunion qu’en métropole. La consommation en grande quantité, au moins cinq verres en une même occasion (ou binge drinking), concerne ainsi environ deux fois moins de jeunes à La Réunion qu’en métropole. Le rhum est cependant plus consommé à La Réunion, comme dans la quasi-totalité de l’Outremer.

 

Un peu moins de neuf adolescents réunionnais sur dix déclarent avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie, sans différence entre les sexes. En revanche, l’usage au cours du mois écoulé concerne plus les garçons que les filles (60 % vs 52 %). L’usage régulier (au moins 10 consomma tions au cours des trente derniers jours), également plus masculin, ne concerne que 4 % des jeunes réunionnais. Enfin la consommation quotidienne apparaît résiduelle (moins de 1 % des jeunes).

 

En ce qui concerne les types de boissons alcoolisées consommés dans le mois, les garçons déclarent le plus souvent avoir bu des alcools forts et de la bière (respectivement 36 % et 35 %). Ces deux types d’alcool sont d’ailleurs consommés de manière plus fréquente par les garçons. Les filles, outre les alcools forts, déclarent pour plus d’une sur cinq d’entre elles, avoir consommé dans les trente derniers jours des prémix (mélanges à base de soda et d’alcool) et du champagne, ce dernier alcool étant le seul consommé plus souvent par les filles que par les garçons. La consommation en grande quantité est un phénomène nettement plus masculin. Plus de trois garçons sur dix déclarent un tel épisode au moins une fois dans les trente derniers jours (vs 18 % des filles). Ils sont également un peu moins d’un sur dix à déclarer l’avoir fait au moins trois fois (vs 4 % des filles).

 

Après une hausse observée entre 2001 et 2003, l'usage de l'alcool par les jeunes réunionnais semble diminuer légèrement avec notamment une légère baisse de l’expérimentation depuis 2003. Cette évolution devra être confirmée par les prochaines enquêtes.

 

L’ivresse alcoolique, plus fréquente chez les garçons

 

Plus de quatre jeunes Réunionnais sur dix déclarent avoir déjà été ivres dans leur vie. Ils sont un peu plus de trois sur dix à reconnaître l’avoir été dans l’année. Les ivresses répétées (au moins 3 ivresses alcooliques dans les 12 derniers mois) et les ivresses régulières (au moins 10 dans les 12 derniers mois) concernent respectivement 9 % et 3 % des jeunes réunionnais. Il y a une forte différence entre les sexes, quel que soit l'indicateur observé. Par exemple, 14 % des garçons déclarent des ivresses répétées contre seulement 4 % des filles. L’âge moyen lors de la première ivresse alcoolique est de 16 ans, sans différence entre les sexes.

 

La fréquence de l'expérimentation et des ivresses répétées avait augmenté entre 2001 et 2003 ; elle se stabilise en 2005, ce qui n’est pas le cas en métropole, où on observe une augmentation des ivresses répétées entre 2003 et 2005.

 

En comparaison avec les niveaux observés en métropole, les ivresses alcooliques déclarées à la Réunion sont nettement moins fréquentes. La première ivresse déclarée a lieu en moyenne à l’âge de 15,1 ans en métropole, soit quasiment un an plus tôt qu’à La Réunion.

 

Pour les ivresses alcooliques comme pour la consommation d’alcool, La Réunion arrive quasiment systématiquement en dernière position parmi les départements et collectivités d’Outremer. La différence est particulièrement marquante avec les COM. Ainsi, il y a plus de deux fois plus d’ivresses répétées déclarées en Polynésie française ou en Nouvelle-Calédonie qu’à l’île de La Réunion.

 

L’usage du cannabis est en baisse, comme celui du tabac

 

Un peu moins de quatre jeunes réunionnais sur dix déclarent avoir déjà consommé du cannabis. Ils sont 28 % à déclarer l’avoir fait dans l’année et 17 % dans le mois. L’usage régulier (au moins 10 consommations au cours des 30 derniers jours) concerne un peu moins d’un jeune sur vingt, et l’usage quotidien un peu moins de 3 % des jeunes. Il y a une grande différence entre les sexes. Les garçons s’avèrent beaucoup plus souvent consommateurs que les filles, en particulier pour les usages les plus fréquents : l’usage régulier est ainsi 7 fois plus répandu parmi eux. Le premier joint est fumé en moyenne un peu après l’âge de 15 ans par les garçons et 7 mois plus tard par les filles.

 

À l’exception de l’expérimentation pour les garçons où aucune différence significative ne ressort, les niveaux de consommation du cannabis apparaissent moins élevés à La Réunion qu’en métropole. L’usage régulier est déclaré par 11 % des Métropolitains contre 4 % des Réunionnais. Les jeunes de métropole reconnaissent avoir consommé leur premier joint en moyenne environ 3 mois avant les jeunes de La Réunion.

 

Après les nettes augmentations observées entre 2001 et 2003 sur l’ensemble des indicateurs de consommation de cannabis, la tendance semble désormais à la stagnation à La Réunion, comme en témoigne le niveau d’usage au cours de la vie qui est resté stable. L’usage régulier présente même une baisse significative de 3 points. Cette baisse est principalement due à la nette diminution observée chez les garçons (7 % vs 13 %). Ces derniers sont ainsi quasiment revenus au niveau observé en 2001. Alors que certains acteurs de santé publique craignaient une poursuite du mouvement de hausse, qui aurait été favorisée par un transfert de la consommation du tabac vers le cannabis lié aux augmentations des prix des produits de l’industrie du tabac, nos résultats montrent qu’il n’en a pas été ainsi.

 

Les médicaments psychotropes, plutôt pour les filles

 

L’expérimentation de médicaments psychotropes concerne 18 % des jeunes réunionnais. Ils sont un peu plus de un sur dix à déclarer en avoir consommé dans les douze derniers mois et un peu plus de un sur vingt dans les trente derniers jours (tableau 2). Les usages régulier et quotidien ne concernent toutefois que peu d’adolescents (environ 1 %). Pour l’usage au cours du mois écoulé et les usages moins fréquents, il y a une différence significative entre les sexes. Ainsi, les Réunionnaises sont presque trois fois plus nombreuses à déclarer avoir consommé des médicaments psychotropes dans l’année que leurs homologues masculins (18 % vs 6 %). L’âge de la première prise de médicaments se fait en moyenne à 15 ans et demi, sans différence entre les sexes.

 

Contrairement aux autres produits, les différences de consommation de médicaments psychotropes entre La Réunion et la métropole apparaissent relativement peu marquées, bien que dans l’ensemble, les niveaux réunionnais apparaissent inférieurs. Par ailleurs, l’expérimentation se fait en moyenne plus tard à La Réunion (15,5 ans vs 15,1 ans).

 

La consommation d’Artane et de Rivotril, fréquemment observée à La Réunion par les acteurs de terrain, pourrait jouer un rôle sur ces niveaux de consommation relativement élevés des adolescents. Toutefois, le faible nombre de déclarations explicites de ces produits dans l’enquête 2005 incite à la prudence. D’autres facteurs sociodémographiques ou économiques (chômage élevé à La Réunion...) pourraient aussi jouer un rôle, de même qu’une proximité culturelle relativement grande avec la métropole, comparativement notamment aux autres Dom et Com.

 

L’usage des produits illicites autres que le cannabis paraît très marginal à La Réunion. Les niveaux observés pour la plupart des produits, et notamment les champignons hallucinogènes, les amphétamines et la cocaïne, apparaissent plus faibles à la Réunion qu’en métropole. En revanche, quelques produits comme le LSD, l’héroïne et le crack présentent des niveaux d’expérimentation très faibles qui ne diffèrent pas de la métropole. À l’exception du poppers, qui a été plus expérimenté par les garçons que par les filles (3 % vs 1 %), aucune différence ne ressort entre les sexes, sans doute en raison de la faiblesse des niveaux observés. Enfin, aucun niveau d’expérimentation n’a évolué entre 2003 et 2005.

 

Fin de la prééminence du rhum (NDLR : et ça, c’est inadmissible ! Vous êtes des charettes hi hi hi !!!)

 

Sur l’ensemble de la population réunionnaise, la part du rhum dans l’ensemble des boissons alcoolisées déclarées mises à la consommation est passée de 70 % dans les années 1950 à environ 50 % dans les années 70-80, un tiers à la fin des années 1990 et à peine plus d’un quart en 2004. La part des différents types d’alcool apparaît maintenant très équilibrée entre le rhum (27 %), le vin (27 %), les autres alcools (24 %) et la bière (22 %). Ces changements dans les modes de consommation sur le long terme s’accompagnent par ailleurs d’une diminution des taux de décès imputables à l’alcool comme la psychose et la cirrhose alcooliques, comme en témoigne une analyse récente portant sur les données collectées entre 1990 et 2000.



Article ajouté le 2007-07-19 , consulté 72 fois

Commentaires


chienmort site : chienmortennouvellecaledonie.blog4ever.com/blog/index-121455.html | le 19/07/2007 à 03:12:31
Ben faudrait voir si les réunionnais(es)sont honnêtes quand ils sont sondés.

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